Les Belges… et la mode.

Ann Demelemeester

Me voilà de retour sur le blog, enfin, car depuis… trop longtemps déjà je n’avais pas écrit !

Oui, mais voilà, beaucoup de choses à faire en cette fin d’année scolaire de M1 et ce début d’année de M2. Les choses deviennent sérieuses (haha…).

Enfin bref, me voilà de nouveau derrière mon écran pour écrire à propos d’une chouette conférence à laquelle j’ai eu la chance de participer hier dans le cadre de mon Master 2 à l’Université de la Mode de Lyon. Mais avant ça, petit retour en arrière : en effet, si je me souviens bien, nous avions assisté au mois de mars 2016 au Grand Prix de Livre de la Mode – qui avait été décerné par les étudiants en M2 mode et création à l’auteur Didier Vervaeren pour son ouvrage sur la mode belge intitulé Les Belges, une histoire de mode inattendue.

After a long time, I am finally back on the blog !
A multitude of things actually happened until now and also a lot to do with master studies (things are getting serious, haha …).
Anyway, here I am and now going to write about a nice conference I had the chance to participate as part of my Master 2 at the University of Fashion in Lyon yesterday. In fact, if I correctly remember, we had attended in March 2016 the Fashion Book Award through which Didier Vervaeren, the author of the book about Belgian fashion, won.

Didier Vervaeren

Par conséquent, Modalyon en partenariat avec notre université a organisé ce mercredi 19 octobre une conférence avec pour invité ce très cher Didier Vervaeren, auteur du livre en question. Afin d’arriver à un échange pertinent, nous , petits étudiants de master 2 mode et communication, avions également pour mission d’interroger l’auteur sur son livre.

Therefore, Modalyon in partnership with our fashion university invited on Wednesday, October 19 the dear Didier Vervaeren for a 2-hour-conference. In order to achieve an appropriate return, we, young students of the master 2 fashion and communication, had a mission to question the author about his book.

Au premier abord, nous n’étions pas tellement convaincues par l’oeuvre. Le livre est certes beau visuellement, rassemblant un joli panorama de photos sur les créateurs belges et la mode, mais hormis cela, la lecture nous a parue plus abstraite. Je m’explique : le livre est très bien écrit, seulement, nous avions parfois l’impression que pour son auteur, la mode belge surpassait les autres. De plus, ancien élève de la Cambre et actuellement enseignant là-bas, on s’interroge aussi rapidement si M. Vervaeren ne vente pas les mérite de son école de mode par rapport à celle d’Anvers. Tout ça pour dire qu’après lecture du livre, nous n’étions pas totalement certaines de la pertinence de son prix (car il y avait beaucoup d’autres beaux ouvrages en compétition !).

At first we were not so convinced by the work. The book is certainly beautiful visually, bringing together a pretty picture panorama of Belgian designers and fashion, but aside from that, we play has published more abstract. Let me explain: the book is very well written, only we sometimes had the impression that for its author, the Belgian fashion surpassed the others. Furthermore, alumnus of Cambre and currently teaching there, we also wondered if Mr. Vervaeren quick sale does not merit its fashion school compared to that of Antwerp. All that to say that after reading the book, we were not completely certain of the relevance of the price (as there were many other fine works in competition!).

Cela dit, nous nous trompions grandement !
Installées avant tout le monde au premier rang du magnifique amphithéâtre de l’Université de Lyon II, nous avons pu observé l’arrivée de l’auteur belge sur les bancs de la fac. Tête baissée, l’air un peu distant, comme les clichés que l’on aurait sur « les gens de la mode », il s’installe alors derrière le grand bureau face à l’auditoire. Mmmh… Il a pas l’air très drôle. Et Je vais devoir lui poser une question avec le micro… ça  y est, je stresse.
Puis les gens arrivent et s’installent dans la salle, les lumières s’atténuent pour se concentrer sur M. Vervaeren, qui, ainsi commence à prendre la parole. Et là, jolie surprise : nous voici en fait face à un homme profondément connaisseur, pertinent, intelligent, souriant et surtout passionné par son pays, la mode, et l’art. Bien plus qu’enseignant et auteur, Didier Vervaeren est aussi un créateur-designer, rédacteur et chroniqueur mode. Il représente donc à lui-même un réel porte-parole de la mode belge, et a finalement tout à nous apprendre (petit mantra à se répéter sans cesse : l’habit ne fait pas le moine !!).

That said, we were deeply wrong!
Seated in the front row of the magnificent amphitheater of the University of Lyon II before everyone, we have seen the arrival of the Belgian writer on the benches of the university. The head down or looking a little distant, as the clichés we would have on « fashion people », he then settled behind the big desk facing the audience. Hmm … he does not look like he wants to discuss. And I’m going to interview him… Oh no, I’m getting nervous.
Then people arrived and settled into the room, the lights faded to focus on Mr. Vervaeren, who began to speak. What a nice surprise: we faced in fact a man deeply knowledgeable, relevant, intelligent, smiling and especially passionate about his country, fashion, and art. More than being a teacher and an author, Didier Vervaeren is also a designer, an editor and a fashion journalist. He represents himself the real spokesman for Belgian fashion, and at the end gets everything to teach us (little mantra to constantly repeat to yourself: the clothes do not make the man !!).

Son livre, Les Belges, une histoire de mode inattendue, est un projet naissant dès l’année 2006. Seulement, comme nous l’a expliqué M. Vervaeren, la Belgique est un pays qui fut – et qui l’est encore – en grande difficulté politique. Par conséquent, il était assez incommode pour lui de commencer la rédaction de son oeuvre si « tôt » alors que tout n’était que changements.
La mode belge est une mode forte, qui s’est créée et qui a évoluée plutôt discrètement sur la scène mondiale, mais dont le rayonnement international ne pourrait plus être remis en question dorénavant. Comme toutes modes qui existent sur terre, la question de ses limites nous est néanmoins apparue après la lecture du livre.

His book, Belgians, an unexpected fashion history, is a nascent project from the year 2006. Belgium is a country that was – and still is – in great political difficulties. Therefore, it was quite inconvenient for him to start writing that early while everything was still changing.
Belgian fashion has strongly but quietly evolved rather on the world stage, but whose now international influences could no longer be questioned. 

Pour le petit rappel historique, c’est réellement depuis 1915 que nous pouvons dire qu’il existe une « mode belge ». En effet, à cette époque, la Maison de couture Norine se crée à Bruxelles. Alors que Paris était la capitale de la mode par excellence, cette jeune créatrice décida de ne pas suivre le mastodonte français et de créer ses modèles elle-même, sans utiliser les produits et les tendances de la scène parisienne. La mode des années 20 étant plutôt « catho-bourgeoise » en Belgique, Norine décide d’habiller ses modèles en garçonne. Sa mode a été un succès, car en plus du fait d’être une avant-gardiste, Norine était aussi une proche de certains artistes reconnus de l’époque. Elle a travaillé notamment au côté de Magritte et faisait notamment défilé ses modèles durant des expositions d’art (ce qui est plutôt cool). Norine est donc considérée comme la première réelle créatrice de mode belge.

For the little history, it actually is since 1915 we can say that there is a « Belgian fashion ». Indeed, at that time the couture house Norine is created in Brussels. While Paris was the capital of fashion par excellence, this young designer decided not to follow the French juggernaut and created her own clothes, without using the products or any trends from the Parisian scene. The fashion of the 20s was rather « catho-bourgeois » in Belgium, Norine decided to dress her models in tomboy. Her fashion was a success, because in addition to be a forward-thinking, Norine was also a closed-friend of famous artists of the time. She particular worked alongside the great Magritte and made for instance her models walking during art exhibitions (which is pretty cool). Norine is considered as the first real Belgian fashion designer.

Magritte

Tableau de Magritte.

Norine

Affiche de Magritte pour Norine.

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Puis, en 1981 sont diplômés de l’Ecole d’Anvers six étudiants qui révolutionneront la mode belge, notamment à partir de 1986. Ce groupe de jeunes stylistes belges partent en effet cette année-là présenter leurs créations à Londres dans le cadre du British Designers Show. Leurs présentations professionnelles sont attrayantes, et leurs designs novateurs attirent l’attention de la presse britannique de la mode (qui les baptiseront d’ailleurs par la suite les  « Antwerp Six » – parce que oui, les prénoms belges ne sont pas faciles à prononcer. Je vous mets au défi de les dire d’une traite à voix haute). Les Six d’Anvers – Walter Van Beirendonck, Dirk Bikkembergs, Marina Yee, Dirk Van Saene, Ann Demeulemeester et Dries Van Noten – présenteront ensuite individuellement leurs créations à Paris – tout comme le fera d’ailleurs en 1989 leur contemporain Martin Margiela (premièrement assistant pour Jean-Paul Gaultier). La mode belge est donc en pleine évolution dans l’Europe des année 80, sans parler de la création en 1982 du concours maintenant très connu La Cannette d’Or, ayant permit à un bon nombre de créateurs et de designers belges de se lancer professionnellement dans la gigantesque jungle du monde de la mode.

More recently, six students are graduated from the School of Antwerp in 1981 and they will then revolutionize the Belgian fashion. The success of this group of young Belgian designers can be highlighted through their parades they presented in 1986, in London, for the British designers Show. Their professional presentations have been considered as attractive, and innovative and have attracted the attention of the entire British fashion press (who later baptized them  the « Antwerp Six » – because Belgian names are indeed not so easy to pronounce. Just try once.). The Antwerp Six – Walter van Beirendonck, Dirk Bikkembergs, Marina Yee, Dirk Van Saene, Ann Demeulemeester and Dries Van Noten – individually presented their creations in Paris – just like their contemporary Martin Margiela (first assistant to Jean Paul Gaultier) will also do in 1989. 

Les Six d'Anvers

Antwerp Six.

Selon les dires de Didier Vervaeren, le but de son livre Les Belges, une histoire de mode inattendue, était donc de rassembler de manière plus ou moins exhaustive une multitude de gens qui ont fait ou qui font toujours partie du sillon de la mode belge, afin de mieux la comprendre…

According Didier Vervaeren, the purpose of his book was to understand the Belgian fashion by bringing and gathering the maximum of people who were or still are part of the groove of the Belgian fashion…

Car, en effet, la mode belge, c’est quoi exactement ?
Indeed, what exactly is Belgian fashion?
Dries Van Noten

Création Dries Van Noten.

La culture belge est assez méconnue (moi la première, je n’ai encore jamais eu la chance de visiter ce mystérieux territoire, bien que j’ai déjà eu l’opportunité de me lier d’amitié avec quelques belges jusqu’à maintenant). Mais Didier Vervaeren, passionné, et profondément belge (c’est bien d’aimer son pays) l’a dit et l’a redit : « la Belgique, c’est un mélange compatible, un beau mariage entre Wallons et Flamands. Etre belge, c’est être deux en un au final ». C’est vrai, qu’en tant que créateurs belges, aucuns n’avançaient être Wallons ou Flamands, mais bien belges. Car les belges sont, certes excentriques, mais humbles. Par ailleurs, la Belgique et sa mode, c’est aussi le rapport étroit avec le surréalisme. Le folklore fait partie de la culture belge ; ce qui expliquerait selon M. Vervaeren la grande iconographie présente en Belgique. La Belgique est donc un pays en grande contradiction (politique, culturelle) mais c’est un pays modestement redoutable. Les Belges sont de réels créateurs d’images, d’histoires et d’intemporalité. L’influence belge est d’ailleurs présente de manière grandissante dans nos maisons de couture françaises (on se rappelle pour la majorité de nous la direction artistique de Raf Simons chez Dior. Sinon, plus récemment, on compte aussi l’arrivée d’Anthony Vaccarello chez YSL).

Belgian culture is relatively unknown (me first, I have never yet had a chance to visit this mysterious territory) . But passionate and undoubtedly Belgian Didier Vervaeren has said and reiterated: « Belgium is a compatible blend, a nice marriage between Walloons and Flemish. Belgium is to be two in one in the end ». Belgian fashion is certainly eccentric, but humble. Moreover, it is also closely related to Surrealism. The folklore is part of Belgian culture and would explain the strong presence of iconographies in Belgium. This is thus a country of contradictions  (policy, culture) but it is a modestly formidable land. The Belgians are real creators of images, stories and timelessness. The Belgian influence is also present in our growing French fashion houses (remember Raf Simons’ artistic direction at Dior. Or more recently, the arrival of Anthony Vaccarello at YSL).

anthony vaccarello

Anthony Vaccarello

L’actuel travail des créateurs de mode belges, dans la continuité de leurs prédécesseurs, repose toujours sur le souci d’une certaine radicalité et précision. Elle se veut toujours autant audacieuse et souciante d’être le reflet d’une « beauté sensible« . La mode belge possède une fort fil conducteur ; elle est une mode intellectuelle représentant la plupart du temps des actes forts en lien avec les évolutions sociales. Elle se nourrit donc des changements que chaque période connait. Mais, aujourd’hui, la mode belge tend aussi à regarder ailleurs. Des souffles artistiques se mélangent de plus en plus, notamment avec la grande puissance de la mode japonaise (apparu juste avant celle des belges et véritablement en corrélation avec la mode belge), aussi l’influence de la Corée, qui se fait une place intéressante de plus en plus étonnante au sein du monde de la mode. En plus des pays d’Asie, on retiendra également pour notre culture générale la « Nouvelle Vague » – notion soulevée par Didier Vervaeren dans son ouvrage ; autrement dit, la vague des « New Kids de l’Est« . Qui a pu par exemple passé à côté de la notoriété florissante du créateur de mode Demna Gvasalia (d’origine Géorgienne) ? Seraient-ils les nouveaux créateurs de la mode belge – comme les belges représenteraient les nouveaux créateurs de la mode française ?

The current work of Belgian fashion designers is in the continuity of their predecessors, and is still based on a quite careful work and precision. It always tends to be audacious and to reflect a kind of « delicate beauty« . Belgian fashion has a strong thread: it is an intellectual fashion mostly related to social developments. So it feeds changes of each period. Today, the Belgian fashion also tends to look elsewhere. Artistic breaths more and more mingle. Belgian fashion is for instance truly correlated to the Japanese one and remains sensitive to growing Korean’s influences. In parallel to Asian countries, the « New Wave » of Fashion from the East (notion raised by Didier Vervaeren in his book) is now also relevant to the Belgian Fashion. Who could e.g. missed the burgeoning reputation of Demna Gvasalia (a Georgian fashion designer)? Now, the question is: would be the New Kids from the East the new designers of Belgian fashion, as the Belgians would be the new creators of the French fashion?

Une vision nouvelle de la mode s’impose désormais à nous, la mode actuelle est « limitless« . Mais, l’important selon Didier Vervaeren, « c’est de rester humble et visionnaire« . Belle leçon de vie…

A new vision of fashion is now upon us as the current fashion is limitless. Yet, the important thing according to M. Vervaeren is « to stay humble and visionary ». Beautiful life lesson…

Ann Demeulemeester

Création Ann Demeulemeester.

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